Budget primitif 2015 : discussion générale (avec vidéo)

Intervention de Charles Perrot – 29 janvier 2015

Rapport n° 15.12.090

Monsieur le Président, Monsieur le vice-Président,

Charles_PerrotLe 7 janvier 2015, aux premières lueurs de l’aube, les rédactions journalistiques et radiophoniques étaient toutes en effervescence et bruissaient de deux nouvelles exceptionnelles qui venaient de tomber simultanément et qui allaient alimenter en boucle et à l’unisson toute la camarilla médiatique. Cette journée du 7 janvier s’annonçait sous les meilleurs auspices, pimentée par ces deux scoops qui auraient dû être déclinés et décortiqués à l’envie par tout ce que la France compte de spécialistes de verbe et de plume, réels ou supposés, et surtout autoproclamés. Hélas ! Hélas ! Hélas ! Trois petites frappes de la banlieue parisienne, « Des chances pour la France » comme disait l’autre, muées en monstres barbus et islamistes pur jus, en décidèrent autrement. La suite est tragiquement connue.

Mais quels sont donc ces deux scoops qui passèrent aussitôt à la trappe de l’information du jour ? Premièrement, l’annonce que la France poursuivant inexorablement sa chute abandonnait désormais son rang de 5ème puissance économique mondiale au profit du Royaume-Uni. Le président François HOLLANDE venait pourtant, six jours plus tôt, lors de la présentation de ses vœux de nouvel an à la Nation, de se rengorger nous annonçant d’un ton patelin, tout sucre tout miel, que nous appartenions à un grand pays puisque la France restait la 5ème puissance mondiale. Pauvre François !

Le second scoop allait casser la baraque et, à en croire France Info dans son édition du 7 janvier à 7 heures du matin, il allait même faire « l’effet d’une bombe », ce sont les termes du journaliste de France Info. En effet, venaient de tomber le communiqué de presse et la nouvelle note du Conseil d’analyse économique consacré à l’apprentissage au service de l’emploi. D’ailleurs, M. Jean TIROLE, notre tout dernier prix Nobel d’économie, participait à ce travail, ce qui lui donnait un retentissement supplémentaire.

Ceci me ramène directement à notre budget primitif 2015 et à l’une de ses trois composantes premières et essentielles qui est l’apprentissage. Il pèse 23 % de ce budget primitif pour un montant total affiché de 490 M€ mais pour quoi faire et pour quels résultats ? Je ne sais pas si vous avez pris connaissance, Monsieur le Président, de cette note, je ne sais pas si nos collègues en ont pris connaissance également, et je crois donc intéressant de vous en faire une petite recension.

Voici quelques-unes de ses conclusions et je vous annonce tout de suite qu’elles sont terribles pour vous mai s pas que, elles sont terribles pour tous ceux de droite et de gauche qui ont élaboré et co-construit le système de l’apprentissage à la française depuis 20 ans.

Que dit cette note ? La nouvelle note du Conseil d’analyse économique plaide pour une réforme en profondeur de la formation professionnelle en alternance, apprentissage et contrat de professionnalisation. Elle souligne le triple dysfonctionnement du système français dans son financement, dans sa gouvernance et dans son offre de formations. Elle pointe l’inadéquation des incitations des différents acteurs au regard de l’objectif de l’insertion professionnelle, de ceux qui en ont le plus besoin.

Depuis dix ans, l’essor de l’apprentissage a surtout profité aux apprentis de l’enseignement supérieur tandis que le nombre d’entrées de jeunes en apprentissage sans aucun diplôme a diminué, passant de 60 % en 1992 à 35 % en 2012.

Dans les pays où l’apprentissage est très développé, en Allemagne, en Suisse, en Autriche et en Australie, les entreprises et les partenaires sociaux sont au centre du système. En France, le rôle central de l’Éducation nationale ne permet pas de faire évoluer suffisamment la carte des formations en fonction des emplois ni d’assurer un contrôle qualité efficace.

Un peu plus loin dans ce rapport que je tiens à votre disposition mais que chacun peut télécharger sur internet, l’Éducation nationale trop éloignée de l’entreprise ne semble à voir ni les moyens ni les incitations pour offrir aux jeunes des formations professionnelles qui valorisent suffisamment les compétences pratiques rapidement opérationnelles et combinées à des connaissances transférables d’un secteur à l’autre. Dans les pays où l’apprentissage joue un rôle important, ce sont les entreprises organisées au niveau du secteur et de l’industrie qui structurent l’essentiel du contenu des formations. Les entreprises jouent un rôle de premier plan dans le choix des formations et de leur contenu dans les pays où l’apprentissage est développé et ce principe devrait s’appliquer à l’ensemble du système français des formations professionnelles initiales et continues.

Vous l’avez compris, adossé au monstre de l’Éducation nationale, l’apprentissage n’est donc qu’un épigone, un prolongement de cette forteresse qui, en dépit des milliards d’euros déversés, échoue à remettre dans l’emploi les jeunes sans aucun diplôme que l’Éducation nationale, elle-même, a sécrétés.

Notre collectivité quoi qu’elle en dise, quoi que vous en disiez Monsieur le vice-Président encore ce matin et quoi que vous écriviez dans votre rapport du budget primitif 2015, n’est qu’un guichet payeur de 500 M€ annuels alimentant une machine d’une complexité folle aux résultats désastreux dont pourtant depuis tant d’années les exécutifs de droite et de gauche qui ont siégé ici se gobergent de la soi-disant pertinence et de la réussite. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est M. Jean TIROLE entre autres, prix Nobel d’économie.

Étonnant rapport de ce Conseil d’analyse économique car il énonce très exactement ce qu’ici même, le Front National, par la voix de notre collègue M. Dominique MARTIN, a dénoncé depuis 20 ans ; étonnant rapport car ses préconisations et ses recommandations qui sont au nombre de quatre sont là encore directement superposables aux propositions du Front National, là, encore énoncées avec constance par M. Dominique MARTIN pendant 20 ans.

De façon symétrique ou en parallèle, si nous abordons la compétence « Transports » de la Région, notre collectivité est là aussi priée de cracher au bassinet essentiellement pour l’acquisition du matériel roulant, nos fameux TER qui représentent 28 % du budget et 630 M€. L’usager est-il satisfait ? La qualité de service est-elle au rendez-vous ? La ponctualité est-elle au top ? La sécurité est-elle assurée ? Nous en avons débattu hier après-midi, nous connaissons tous la réponse, c’est non.

Autant d’argent englouti, comme pour l’apprentissage, pour un aussi mauvais résultat, c’est bien la preuve que votre système est à bout de souffle parce qu’il est irréformable car adossé à une autre forteresse : la SNCF. Année après année, budget après budget, majorité de droite ou de gauche, tout continue à l’identique, dans le même sens, avec les mêmes gardiens du temple et avec, dans vos rangs, les mêmes défenseurs dogmatiques et hargneux de ces forteresses syndicales que sont l’Éducation nationale et la SNCF. Elles tirent notre pays vers le bas et l’entraînent à sa ruine.

Dès lors, à quoi bon entrer dans le détail de vos propositions budgétaires 2015 ? D’ailleurs, Monsieur le vice-Président, vous ne manquez jamais l’occasion de nous rappeler que, depuis six ans, ce sont des budgets de stabilité, certes avec quelques modifications à la marge et des petits redéploiements mais tout cela tient plus de la cosmétique préélectorale et d’arrangements avec vos petits copains turbulents de la gauche extrême.

Dans ce budget primitif 2015 comme dans les précédents, nous retrouvons les quatre fondamentaux tragiques du socialisme à bout de souffle et je les rappellerai ici une dernière fois car c’est bien votre dernier budget, enfin !

Premier fondamental : un budget dans lequel le fonctionnement ponctionne désormais 70 % du total. Vous dites vouloir préparer l’avenir mais c’est l’investissement qui garantit l’avenir, Monsieur DEBAT, et cet investissement est devenu le parent pauvre de Rhône-Alpes, triste réalité.

Deuxième fondamental : une situation de fait comme si c’était une évidence de l’obligation récurrente d’emprunter toujours plus pour équilibrer le budget. Record inscrit cette année avec 330 M€, record d’endettement comme au plus haut niveau de l’État.

Troisième fondamental : un budget dans lequel est inscrite, année après année et inexorablement, la création de postes supplémentaires au tableau des effectifs. La crise ? Ah, mais quelle crise ? Pas pour la fonction publique territoriale en tout cas !

Quatrième fondamental : un budget dans lequel presque 20 % du total, soit quand même 500 M€, servent au financement de politiques hors compétences centrales régionales et ces 500 M€ continuent de croître. La crise ? Mais quelle crise ?

En conclusion, nous vous reprochons, Monsieur le Président, non pas de faire du socialisme car je vous reconnais au moins cette qualité, celle d’avoir été fidèle à vos engagements électoraux datant de cinq ans et, en cela, vous n’avez pas trahi vos électeurs et nous savons bien que la trahison est la marque congénitale de la fausse droite UMP…

Nous vous reprochons depuis cinq ans de proposer pour Rhône-Alpes de simples budgets de reconduction. Outre la stabilité, c’est la reconduction à l’identique et en grande masse comme si, depuis l’été 2008, la France et notre Région étaient entrées en glaciation, figées sur leurs positions. Non ! Et nous le savons bien tous puisque nous vivons en réalité, et les Français viennent cruellement de s’en rendre compte avec les monstrueux attentats des fous d’Allah, dans un monde d’incroyable instabilité et, pour toute réponse, vous offrez benoîtement aux Rhônalpins la stabilité récurrente de vos budgets.

Quoi que vous en disiez, vous n’avez pas pris la juste mesure de la gravité extrême de la situation et de l’état de la France. Je ne sais pas, est-ce par incapacité, par aveuglement, par idéologie, par surdité ou par dogmatisme ? Sûrement un peu de tout cela. En réalité, vous avez déserté le terrain du bon sens et vous vous agitez dans le déni total de la réalité de ce qu’est devenue la France de 2015. Paraphrasant M. Charles- Maurice de Talleyrand-Périgord, « plus qu’un crime, c’est une faute » Monsieur le Président.

Je vous remercie.


Charles Perrot (FN) contre la politique… par FNRhoneAlpes

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